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 Pour trois nuages dans l'azur.

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Iryel
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MessageSujet: Pour trois nuages dans l'azur.   Mer 9 Mar - 18:22




Le Temps.
Celui qui s'écoule, un grain après l'autre, d'un désert aride à un autre derrière la clepsydre. Cet architecte indolent qui minute vos vies, au rythme du tic-tac de l'horloge.
Regardez le cadran. Il est paisible, n'est-ce pas ? Avec ses aiguilles, il vous désigne l'heure de votre salut.
Vous vous leurrez.
C'est avec un sourire taquin qu'il semble vous guider. C'est la vie qui s'échappe, où chaque seconde est une ride, qu'il montre. Goguenard. Il attend. Derrière chaque instant, il y a une faux, dans l'ombre du midi. Pour Minuit, les Douze coups ne sonnent guère que votre glas. Ecoutez. Là.
C'est le son de vos minutes qui s'égrennent, à l'unisson d'un palpitant trop fragile. Entendez-vous ?
Le Temps est un assassin tranquille.

Je le sais. J'ai ce compagnon rieur et paisible à mes côtés, chaque jour qu'il fait. C'est un fardeau que je vois, que je prends. Que j'utilise. Il me tend sa main, je la saisis. Je modèle selon ma volonté, selon ses désirs. Il se joue de moi. Il me prête sa force, me fait croire à l'éternel.
" Regardez, j'ai le pouvoir ! "
Je finirai comme les autres. Et il me gratifiera d'un dernier éclat sardonique avant de lâcher ma main, et de clore mes yeux. Comme les autres.
En attendant, à mon tour, je ris. Pas de mon sort, mais du tien. Toi mon ami, toi mon amant.
Dis-moi, combien crois-tu qu'il va t'en laisser, du temps ? Combien de grains dans le sablier, d'heures sur ton cadran ?
Et tu cours, impunément. C'est pourtant marqué sur ton front. L'inquiétude. Mais toi-même tu ne la vois pas. Crois-tu pouvoir continuer ainsi, haletant, ou alors penses-tu te dresser calmement face à ce qu'il te réserve ? Toi et ton sourire tranquille, ce soupçon de sagesse que tu penses posséder peut-être ?
Ils ne t'aideront pas.

J'en suis certaine, tu ne verras pas la lame s'abattre.
Car je le sais, mon amour.
Ton heure approche.
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Ombre
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MessageSujet: Re: Pour trois nuages dans l'azur.   Mar 22 Mar - 21:33



- Je comprends bien. Mais je vous demande néanmoins d'y réfléchir. Les temps changent... et les erreurs d'hier peuvent aisément devenir le terreau des espoirs de demain. Pour peu qu'on s'en donne la volonté.

- ... Vous ne devriez pas trop traîner par ici.

- Entendu. Nous n'aurons certainement plus l'occasion de nous parler à nouveau, aussi je me permets de vous dire que cette première... et dernière rencontre fut un honneur.

- Vous réveillez de vieux souvenirs. Et des tourments qui le sont tout autant.

- Est-il bien nécessaire de vivre dans les ombres passées ?

- Que le vent vous porte. Restez prudent.


........ referma la porte sur l'ombre du visiteur, qui se coulait déjà lentement entre les ténèbres du quartier. Les gonds gémirent à peine, et la masure frissonna sans bruit. "A Brâkmar, on ne peut guère s'égosiller que deux fois : la première, avec des mots que l'on regrette sitôt prononcés, car ils laissent la place au poignard de la seconde" . ........ avait fait du silence et de la discrétion des arts de vivre. Survie était plus exact. Il demeurait cloîtré dans son bastion dérisoire, une misérable mansarde dissimulée entre des bâtisses plus imposantes, mais tout aussi délabrées. Volets tirés, lumière évanouie, toit branlant et façade insalubre. A l'image de tous les édifices de l'endroit. C'était parfait.
Aussi étrange que cela puisse paraître, ........ considérait qu'il s'agissait là de l'endroit le plus sûr de Brâkmar. Une ombre parmi d'autres. Il était tranquille. On ne venait pas l'ennuyer ici. Et comme dans la Cité sombre, les ennuis se révélaient par trop souvent fatals...
Toc toc.
Deux coups qui avaient ébranlé l'Enutrof jusqu'au plus profond de ses os rongés par le Temps. Il avait tout de suite su ce que cela signifiait : on rendait rarement visite dans le quartier. Du moins, on rendait rarement visite qui ne fût pas sanglante à une heure aussi avancée de la nuit. ........ avait fixé l'horloge mitée de l'unique pièce, comme pour mieux retenir l'heure de sa propre mort. Sitôt que les deux glas avaient déchiré le silence souffreteux de Brâkmar, il s'était levé avec un soupir de résignation.
On avait su qu'il était à l'intérieur. Qui aurait bien pu frapper à la porte de cette bâtisse en apparence abandonnée ?
Bah, s'il fallait casser sa pipe !
Peu importait à ........ de mourir ici, entre un nid de poussière et deux lattes crasseuses, gisant sur un plancher pourpre : il savait que la vie ne lui offrirait plus rien sinon une dague dans le creux des reins. Mais il avait bien profité. Beaucoup pleuré, aussi.
Son regard au bleu délavé s'était porté une dernière fois sur l' épée et le chapeau de paille posés sur un coffre dont le faste tranchait avec le reste du mobilier. Et puis il avait posé sa main sur la poignée. Un Mulou entrait dans sa Bouftonnerie.
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Iryel
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MessageSujet: Re: Pour trois nuages dans l'azur.   Jeu 7 Avr - 21:24

Glas qui sonne,
Coeurs qui s'effondrent,
On entend d'une voix atone,
Le récit des Marcheurs d'Ombre.

Vie brisée, parsemée en lambeaux épars,
Illusion d'une rivière indolente,
Où que se pose le regard
Elle se dresse, Dame violente.

Mort abjecte, qui dans l'abîme plonge l'âme
Encre informe noircissant les pages,
Elle, la Cruelle qui se pâme,
Eternelle Faucheuse défiant les âges.

Elle laisse aux Marcheurs éthérés,
Ceux qui courent en quête d'une issue,
Dans la bouche un goût amer et salé,
Le goût de ces souvenirs perdus.

Fragments volés, échos oubliés,
La coquille est vide,
Elle vogue malmenée
Dans l'entrelacs des flots déchaînés.

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MessageSujet: Re: Pour trois nuages dans l'azur.   Sam 9 Avr - 23:09

Il avait presque été déçu. Une mine soucieuse, un front plissé, une moue fermée sur les lèvres. Etait-ce là son assassin ? Si, enroulé dans sa cape, il dégageait une détermination effarante, ........ n'avait pas perçu une once d'agressivité en lui. Il en avait pourtant vu, des affrontements sanglants, des embuscades macabres, et des massacres en règle. Pas seulement à Brâkmar.
Terra Amakna, « le vieux caillou » , comme il l’appelait autrefois, n’avait jamais été un endroit sûr. Tant sur les routes qu’au cœur des Cités, de son temps, la mort était l’unique compagne à qui l’on pouvait accorder sa confiance : elle avait au moins le mérite de ne pas mentir, et de faire son boulot convenablement !
On savait à quoi s’en tenir.
Mais les temps avaient changé.
........ avait vécu dans un monde simple, où l’erreur était sanctionnée dans l’instant et où le pardon, si pardon il y avait, ne se trouvait que post mortem. Paradoxalement, il s’était relativement bien intégré à cette fourberie ambiante, aux mensonges qui avaient rongé ses gencives et à l’espièglerie des regards. En bon marchand, il avait su déployer le verbe comme une Arakne tissait sa toile, et toujours su ce qu’ourdissaient ses ennemis, qu’il y eût la Mer d’Asse ou la lame d’une épée entre eux et lui.
Et Enutrof savait qu’il n’avait pas exercé cette seule profession !

Alors il en avait vu des scènes sordides. Mais il s’était attendu à quelque chose … d’autre pour sa propre mort…
Alors qu’il s’apprêtait à lâcher un soupir de résignation, les yeux de l’inconnu – deux pupilles froides et résolues – s’étaient levés vers lui. …….. avait attendu, crispé.
Un seul mot avait jailli.
Depuis la nuit. Comme l’écho d’un souvenir lointain, une vie oubliée. Rangée au placard. Et sous les tombes.
…….. avait dégluti avec pénibilité, comme si un roc saillant s’était immiscé dans sa trachée, aussi soudainement que la brume ayant embué son regard. Un seul mot, un seul nom, pouvait-il contenir tant de joie et d’horreur mêlées ? Tant de confiance et tant de culpabilité ?
Il avait laissé le visiteur pénétrer dans son univers.
Et ils avaient parlé.

Il n’avait fallu qu’une heure à …….. pour replonger dans une vie entière. La chose lui avait paru tellement surréaliste : pouvait-on réellement oublier ces années, laisser derrière soi un tel vécu ?
Risible.
Le visiteur –alors ils ressemblaient à cela, désormais ? – l’avait d’abord questionné. …….. s’était pris à sourire. Vingt ans que cela ne lui était pas arrivé. Le bonhomme ne manquait pas de caractère, et malgré son ton monocorde, il avait senti en lui une insatiable curiosité. Une bien étrange visite !
Oui, cette intrusion insoupçonnée et ces questions, tantôt graves, tantôt anodines, l’avaient fait sourire.
Mais ce que l’inconnu avait dit ensuite l’avait profondément troublé.
Une proposition.
Lourde de sens. ........ s’était trompé : il n’y avait pas tant de candeur dans le regard de son visiteur. Il n’était pas simplement venu se renseigner. Il n’avait pas retrouvé sa trace par hasard, et s’il s’était donné cette peine, c’est bien qu’il escomptait en tirer un avantage.
La raison de son apparition s’était soudainement éclairée.

........ avait regardé la situation sous un angle nouveau, et c’est avec une gravité sans nom qu’il s’était levé pour congédier l’arrivant. Celui-ci ne s’était pas plaint mais, l’espace d’un instant, ses traits s’étaient déformés. Ils avaient laissé …….. entrevoir une tristesse inaltérable, et une détresse qui l’était tout autant.
Devait-il accorder foi à sa demande ?
Alors même que la silhouette disparaissait au détour d’une ruelle, comme un fantôme, le regard de l’Enutrof s’était perdu dans les aspérités de ses mains calleuses et ridées.
Avaient-elles la force de brandir à nouveau ce flambeau ?
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MessageSujet: Re: Pour trois nuages dans l'azur.   Mar 26 Avr - 3:01

Je m'appelle Iryel.
C'est un nom plutôt joli. Enfin, c'est ce que les vieilles disciples d'Enutrof me disaient, petite. Mes parents leur rendaient souvent visite, à ces débris, dans leurs demeures cossues de Brâkmar. Elles étaient gentilles avec moi, les vieilles sorcières. Et moi je leur rendais leur sourire, moins édenté toutefois. Car j'étais une jolie et gentille petite fille. Bien éduquée, sage comme une image. Une pupille de la Cité sombre, sans aucun doute. Si elle continuait ainsi, elle pourrait devenir une jeune Xélor parfaite en tous points, vraiment.
Et puis, j'avais un joli nom.
Mes parents étaient gonflés de fierté. Au moins, ils ne faisaient pas de vagues. Ils courbaient l'échine face aux vieillardes crochues, et envers n'impote quel dignitaire de la ville, d'ailleurs. Mais ils étaient heureux, et contents de moi.
Ca ne les a pas sauvés. Les vieilles -je suis sûre que ce sont elles- en ont voulu autrement. La petite noblesse de Brâkmar n'aime que les petites filles modèles. Fallait pas faire de remous.
Mais ça n'avait pas d'importance. Car j'avais un joli nom.
C'est aussi ce que me disaient les ivrognes crasseux de cette taverne miteuse, où j'ai bossé à m'en arracher les bandelettes. Enfin, quand je me résolvais à leur avouer comment je me prénommais. Histoire d'avoir la paix. Mais visiblement, quand vous avez une récolte entière de houblon dans le nez, vous n'êtes pas disposés à laisser les jeunes filles souffler un peu. Tant pis. Mon nom fut le dernier qu'ils entendront jamais. On me pardonnait sans peine : après tout, c'était Brâkmar ! Un coupe-gorge cerclé de murailles, qui semblent plus protéger Sidimote des habitants que l'inverse. Et puis, il fallait bien faire tourner la boutique... quoi de mieux pour cela qu'une jeune fille charmante, avec un nom qui l'est tout autant ?

Oh, moi aussi, je le trouve joli ce nom.
Après tout, il m'a été utile. Il charmait les gens avant même que je n'aie à en dire davantage, ou à montrer mes traits. Pratique. Et étonnant de voir ce que représente un nom pour eux. Je veux dire, c'est avec ça qu'on vous appelle. C'est derrière ça qu'on vous connaît. Comme si un seul mot vous définissait, comme si on pouvait y mettre votre être, votre vie, et la jeter dans l'air en deux ou trois syllabes. C'est magique, un nom. C'est une identité.
Regardez. Lorsque qu'on ne le connaît pas, vous n'êtes qu'une ombre de passage, vous ne laissez aucune attache. "C'était qui ? - Je ne sais pas. Je ne connais pas son nom."
Lorsqu'on l'omet, vous n'existez plus. Vous n'êtes plus qu'un "Soldat ! " rangé parmi un millier d'autres, dans le cercueil de fer que vous portez sur le dos. Un simple numéro sur une tombe.
Les noms marquent les gens, ils évoquent souvenirs et émotions.

C'est parfait ainsi. Je suis impatiente.
Impatiente de voir quelles émotions se dessineront sur ton visage. Impatiente de voir les souvenirs qui se rappelleront à toi, comme une migraine douloureuse et tenace.
Je frémis à l'idée de te murmurer, en souriant, ces quelques notes.
Entends-tu, mon amour ?
Je m'appelle Iryel.

Et je vais te tourmenter avant que sonne ton heure.
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MessageSujet: Re: Pour trois nuages dans l'azur.   Lun 30 Mai - 22:31

........ avait en horreur le Temps.
Il détestait ces secondes effrénées qui s'égrenaient, comme mues par un fleuve au nom d'Inéluctable. Il ne parvenait pas à supporter, malgré le poids des années, cette course rigide et rectiligne, cet écoulement glacé d'une eau sans âge. Plus que tout, il honnissait le fait que ce courant entraîne dans ses abîmes Oubliettes les souvenirs qui jusqu'alors pavaient son chemin.
Le voir submerger ses amis avait été intolérable. Sentir ce passé flamboyant plonger dans la fosse noirâtre l'avait tétanisé.
Et maintenant, c'était son être entier qui glissait dans le tumulte, emporté par les vagues, déchiqueté dans l'amer.
Il n'était pas seulement abattu. Un sourd grondement rivalisait avec la clameur des flots.
Fût-ce par une marée aussi puissante que celle du Temps, il avait toujours détesté qu'on le pousse !

Pourtant, c'était l'heure. Comme si un regard morne sur la pendule déréglée de sa masure avait pu le confirmer, ........ avait acquis cette certitude. Après que son visiteur l'eût quitté, un sourire dur avait étiré ses lèvres. Oui, le Temps semblait à nouveau vouloir le presser, le destin s'emballait. Et si ce dernier avait eu un visage, l'Enutrof aurait certainement juré y voir une marque de jubilation.
Ca ne se passerait pas ainsi.
Il avait trop longtemps attendu la mort, lâchement porté par le courant, contemplant bêtement la vie qui le fuyait à mesure que ses rides se creusaient.
Pouvait-on tromper le Temps ? Forcer le destin ?
........ rit.
On ne reviendrait pas en arrière. Il paierait jusqu'à son dernier souffle le poids écrasant de ses erreurs. Mais il pouvait également faire quelque chose du temps qui lui restait. Quelque chose qu'il estimait utile, et qui -peut-être- soulagerait sa conscience. Un Enutrof qui paye ses dettes : avait-on jamais vu cela ? Ses fourcils se froncèrent. Non, il n'avait aucune dette à payer... Tant d'années dans les tréfonds souffreteux de Brâkmar avaient visiblement suffi à lui faire oublier ses propres Valeurs !
Pas de dettes, non. Mais un choix.
" La vraie liberté, ce n'est pas tant se passer de chaînes que choisir celles dont on s'affuble. "
Des mots qui résonnaient à ses oreilles -sourdes depuis bien des âges- avec l'écho de la conviction. Il était libre, et la proposition de son singulier visiteur lui avait offert un choix.

Qu'il saisit en même temps qu'un chapeau de paille élimé et une épée à l'éclat inchangé.


Et tandis qu'il déverrouillait -définitivement- la porte de son antre, il se remémora l'unique mot prononcé par l'inconnu à son arrivée.

Eldrigan.


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MessageSujet: Re: Pour trois nuages dans l'azur.   Mar 14 Juin - 21:56

Je me souviens encore de notre rencontre. Comment l’oublier, d’ailleurs ? Il m’a suffi d’un regard pour te détester . Un simple coup d’œil sur ton air chétif, ton regard plein d’espoir ; une écoute révulsée des relents de tes mots raffinés.

Tu tordais le coup au bon sens, pour aller embrasser la cause. Comme s’il y avait un seul d’entre nous qui y était réellement dévoué ! Des espions, imbécile. Nous étions tous espions et crois bien que jamais nous ne serons inquiétés pour nos actions. Ce n’était pas Bonta que nous servions, ni cette liberté que tu chérissais avec candeur. Nous étions juges et bourreaux de nos propres ennemis.
Serviteurs de nos intérêts. C’était, plus que la lave cernant Brâkmar, mon sang qui bouillait de voir celui de ses dignitaires couler. Comme toi, j’aspirais à une vie que personne ne pourrait me ravir. Mais tu n’as jamais compris que pour être seul aux commandes, il faut pousser sans ménagement ceux qui osent te prendre la barre. Nous voulions êtes seuls capitaines de nos navires, mais tu cédais aux moussaillons qui n’attendaient qu’un soupir de ta part pour t’en arracher un autre… le dernier.

Ne t’étonne pas : que ce soit par les âmes ou les flots, tu seras jeté par-dessus bord. A la mer. Amer.
C’était ce que je pensais. Mais tu t’accroches ridiculement au bastingage, balloté par tant d’échecs et de vies. Tu en es presque comique. Mais pour cela, il faudrait que tu sois capable de manifester une autre expression que le masque de sérieux qui, mieux que tes bandelettes, te dissimule.
Seulement voilà, avec les âges, il semble s’être muré dans tes traits, comme sculpté dans le roc de ton esprit. Ce que tu peux être obtu ! Et puéril : même quand l’acier te traversera de part en part, jamais tu n’abandonneras ton pénible optimisme. Et bien que cela fasse bientôt treize ans, je doute que tu aies changé, dans quelque domaine que ce soit !

Pitoyable.

Et pourtant je t’ai aimé. Je t’ai aimé en dépit de mon aversion envers tout ce qui te définit. Chacun à notre manière, nous étions les seuls à nous démarquer réellement au sein du ____________ . Les autres étaient des silhouettes informes, des corps sans consistance, comme privés d’emprise sur le monde. Ils erraient stupidement, tâtonnaient dans l’obscurité qu’ils pensaient leur amie ; nous étions des ombres fugaces, des rêves insaisissables : la nuit couvrait nos lames , murmurait les mêmes notes à notre tympan.
Deux feux-follets qui voletaient de songes en songes avec l’élan désinvolte que nous donnait cet amour candide. Comment, moi, ai-je pu être aussi naïve ? Je n’ai perçu ta traîtrise que lorsque ton visage crispé s’est vu révélé par la lune : oh, tu semblais sincèrement désolé ! Et désemparé … En réalité, tu n’as jamais compris mes choix, ni su où se trouvait la vraie liberté. Et plutôt que de te lancer, tu as préféré retourner ta veste, brisant ma confiance, me disant folle.

Moi, folle ! Et le pire, c’était cet air contrit figé sur tes traits : comme si tu voyais là un réel gâchis, que tu espérais vraiment que les choses se soient passées autrement. Je me demande si tu feras de même lorsque tu t’écrouleras… ou alors peut-être tomberas-tu misérablement dans la poussière, un effroyable rictus de douleur sur tes lèvres traîtresses.
Mais ça ne suffira pas.

Sais-tu l’avantage des testaments ? Ils n’ont pas de date de validité. Et je savoure encore tes mots, ta prose délicate, l’amour qui se dégage encore de ces quelques lignes. C’est de ta propre main que tu as signé ta perte. Je ne te prendrai pas seulement ta misérable vie, mais aussi ce que tu penses avoir fait d’utile aux âmes durant celle-ci.

Que ton écriture me paraît belle lorsqu’elle est portée par l’amour ! Ce que tu es sot lorsque tu aimes !



« Ceci est mon testament.

Je me nomme Timemaster et suis considéré à l’heure actuelle sous ce nom. Je me suis également fait connaître comme le disciple de Xélor Areys, ayant servi dans le Clair-Obscur, organisation bontarienne aujourd’hui démantelée.

Je certifie être l’unique rédacteur et signataire de ce parchemin. Je n’écris pas sous la contrainte, qu’elle soit morale ou physique, et suis sain de corps et d’esprit.
Ce document est le seul écrit ayant une quelconque valeur à mes yeux. En conséquence, tous les testaments rédigés de ma main antérieurement ou postérieurement à la date sousmentionnée sont ou seront invalidés par la présente, quelle que soit l’époque. Ces lignes et celles qui suivent ne sauraient être ignorées que si je détruisais de mes propres mains ce parchemin.

Considérant ces faits, je décide de faire de ma bien-aimée Iryel Iryiel Figinstend Spire ma légataire exclusive et universelle. Font partie de mon héritage tous les biens matériels en ma possession, exception faite de ceux que j’aurais donnés définitivement à un tiers avant mon décès. A cela s’ajoutent les éventuels statuts sociaux que j’occuperais au moment de mon décès : de fait, toutes les fonctions que j’occuperai et droits que je détiendrai dans quelque guilde, organisme, institution, confrérie, clan que ce soient au moment de ma mort et qui n’auront pas été révoqués par une démission exclusive de ma plume se verront transférés à mon unique légataire, soit ma concubine Iryel Iryiel Figinstend Spire.

Celle-ci n’aura pas à justifier son identité au moment de réclamer ses droits, car elle sera en possession du seul exemplaire de ce testament. Je suis convaincu que rien ne l’en séparera, aussi la personne détenant cet écrit sera en droit de réclamer, à ma mort, les legs qui y sont mentionnés.

Avec l’espoir que, par-delà ma mort, mon amour et ce que j’aurai accompli seront profitables à celle qui fait battre mon cœur.

Fait le 28 Martalo 623,

Dans la Province d’Amakna, terre de repos et de mon union.

Timemaster Areys. »

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MessageSujet: Re: Pour trois nuages dans l'azur.   Dim 24 Juil - 0:11

Il pestait ; les vieux bonhommes dans son genre ne savaient plus se décider promptement.
Il avait mâché, ruminé ses doutes, comme une bouillie infâme et caoutchouteuse. Comme cette chose vicelarde que vous tentez d'avaler mais qui se terre dans le creux de vos canines, en toute indécence. Et qui, dans l'instant où vous pensez en venir à bout, ramène sur votre langue toute son amertume. Le goût acerbe et pâteux des occasions manquées.
........ expira, comme s'il avait voulu chasser le relent nauséeux que lui inspirait son incertitude. Mais son souffle lâche ne rencontra que l'air acide de Brâkmar, ajoutant à son dégoût un désagréable sentiment d'oppression.
Décidément, il fallait que sa pauvre carcasse finisse par servir à quelque chose. Il avait perdu trop de temps. Laissé passer sa chance. Quelle ironie ! Maintenant que ses vieux os s'accordaient à ses regrets pour bouger de concert, sa démarche devenait vaine ! Et de nouvelles questions s'imposaient à lui.
Les vieux bonhommes dans son genre avaient oublié la simplicité.

___


Dans une rue esseulée de la Pourpre, un Enutrof pressé s'arrête pour fermer les yeux. A son côté, une épée qui a vu cent batailles bat doucement. Sur sa tête, la paille de son chapeau se mêle aux fils d'argent flottant légèrement sous une brise brûlante. Sans force, il tient pourtant debout. Ses mains calleuses ne s'agrippent à aucune arme, ne souffrent plus du tressaillement qui les animait alors. Pour la première fois depuis des décennies, le torrent tourmenté des rides qui sillonnent son corps est calme. Il respire la sérénité. Et qu'importe la cendre aride de l'air, dans son coeur luit une petite flamme.
Un petit feu humide qui ruisselle depuis ses paupières, un petit et doux brasier qu'il savoure. Et qu'il appelle souvenir.
Une après-midi de Juinssidor, quelques arbres près d'une cité animée, et une clairière. Allongé sur le matelas duveteux de la forêt, son regard est tourné vers le ciel. Il n'y voit que trois nuages. Mais il n'est pas seul. A ses côtés, sous un chêne trois fois centenaire, un grand Iop conseille avec assurance quelques jeunes Sadidas. ........ sourit. La tranquille sérénité de celui qui marche.
Plus loin, depuis les branchages d'un If vigoureux, un Sacrieur pose des questions amusées à ses compagnons, pour ensuite leur désigner du doigt le vol d'une nuée de Kwaks. ........ pleure. De gratitude. La désinvolture simple et honnête de celui qui sourit à l'inconnu.
Et au regard de ces deux êtres, une idée se glisse dans sa tête, murmurant à son tympan ses douces notes. Une idée à la facilité déconcertante, presque moqueuse. Une idée toute simple, une idée vraie. Et le sentiment vivace d'un bonheur éphémère et éternel, d'une vie à saisir dans l'instant, et d'une heure joyeuse dont il ne reste qu'à profiter.
Vivre n'est pas une tare.
L'évidence le fait presque rire. Il est déjà vieux. Mais il a encore tout à voir, tout à découvrir, tout à apprécier. A cette époque, il sourit à ces instants saisis, à ces minutes qu'il s'offre auprès d'eux. Il songe à cette époque, et à tous ces coeurs qui, contrairement à lui, battent au rythme de cette simplicité rafraîchissante. L'élan d'une jeunesse vraie qu'il veut ne jamais voir disparaître.

Eldrigan.

........ ouvre les yeux. Les fait balayer la rue. Personne. Ce moment n'a jamais existé, personne ne l'a vu. Et pourtant, en lui, il sent toujours cette petite flamme. Il ne pourra pas sauver son visiteur, il l'admet. Mais rien ne l'empêchera de se dresser contre la folie qui menace ce en quoi il croit. Il sait comment protéger ses Valeurs. Il sait ce qu'elle va faire.
........ oublie cet inconnu qu'il ne reverra jamais ; il reprend sa marche avec sur les lèvres le goût rassurant d'une certitude.


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MessageSujet: Re: Pour trois nuages dans l'azur.   Jeu 28 Juil - 23:34

Je suis un assassin. Je suis ce couperet furtif qui n'attend qu'une brise, qu'un souffle, pour trancher le fil. Un geste, un instant. Les grands de ce monde -ces penseurs du rien, ces érudits du vide- portent le meurtre en sacrilège. C'est, selon eux, un acte lourd de conséquences, un rideau macabre qui s'abat sur nos vies. Irréversiblement. C'est l'irréparable qui est fait, l'acte honni accompli, pas de retour en arrière pour l'infâme ! Tuer, c'est s'attirer l'ire des Très-Hauts, c'est être un paria parmi ses pairs. Une ombre à moitié morte elle-même.

Bof.

Est-ce que j'ai l'air mort, moi ? Est-ce qu'on ne me sert plus ce délicieux rôti de Bouftou à la taverne du coin ? Et est-ce que les remords, censés nouer mes entrailles, m'empêchent de le digérer ? Je me trouve plutôt bien portant. Ma lame est rouge du sang que j'ai fait couler ; ma coupe du vin que je déguste. Question de point de vue. Pour un paria, j'ai la belle vie. Et je suis convaincu que la mienne est mille fois plus agréable que celles sur lesquelles j'ai tiré un trait.
Qu'on arrête de m'abreuver de toutes ces foutaises. J'ai nagé dans le sang avant de marcher, et quitte à parler de divin, j'ai le sentiment que la foi et l'intégrité n'ont pas empêché mes cibles d'agoniser. Tsss... Tuer est un acte futile.
Il ne se passe rien après. On rentre chez soi, on ferme l'oeil. Pour le rouvrir au petit matin... contrairement à d'autres. C'est absurde, il devrait y avoir une sorte de justice qui empêcherait cela. Il faut croire que non. J'ai même été déçu la première fois. Maintenant ? Je pense qu'on peut appeler ça la routine.

Quand Figinstend s'est pointée... eh bien quand elle est venue, ça m'a tout d'abord fait un sacré choc. J'ai redécouvert quelque chose d'enfoui, de profond. C'était en moi, mais ça n'était ni tripes, ni boyaux, ni jet écarlate, ni odeur fétide.
C'étaient regret, surprise, mélancolie et torpeur. Je me suis senti faible. Atteint. C'est ridicule. Elle a été froide et rude, directe. Dans l'instant, un autre sentiment a remplacé les autres : la colère, la rage contenue de celui qui doit payer ses dettes. Le boulot en lui-même ne changeait pas, mais la cible...
Je n'ai pas parlementé. Je ne veux pas parler de sentiments, je ne veux même pas y penser. Ai-je dit souvenirs ou sentiments ? Bah, écartons tout cela. De toute manière, il n'a aucune chance maintenant, comme tous les autres. Il est déjà mort.
Tuer est un acte futile.

Alors pourquoi ai-je cru voir une larme sous son oeil ?
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MessageSujet: Re: Pour trois nuages dans l'azur.   Ven 21 Sep - 23:31

Vivant,
Un cri jeté dans le vent,
Une belle exclamation sereine,
De celles qu'on nomme sourire.




Il marchait, et trouvait dans le fracas de son pas cahotant un équilibre ténu.
Comme une révélation un brin ironique, le crissement de ses os trop faibles, la moiteur de sa tunique ruisselante d'efforts exagérés et le cuir abîmé de ses bottes lui dévoilaient son ignorance. Une enjambée après l'autre, Timemaster apprenait le coût de l'étroitesse d'esprit qui, chez les sages, se faisait appeler modèle. A trop chercher le mieux, on oubliait le vrai : et c'est ainsi que ce maître ès téléportation, coutumier de l'instantanéité des voyages, tremblait tel une bâtisse branlante et sans fondation sur ses muscles tétanisés. Ce spectacle ridicule d'une marionnette aux bandelettes rapiécées, cette vie semblant issue de l'imagination cruelle d'un créateur dévoyé cachait néanmoins un secret magnifique.
Vieillard et nouveau-né, le Xélor réapprenait à marcher. Mais cette progression précaire trouvait également un incroyable cheminement jusque dans les fibres les plus intimes de son être ; un eurêka latent, une douce illumination dégageait les méandres sinueux de sa conscience. Rien ne fut visible sur ses traits. Ils demeuraient figés en une grimace peu gracieuse, rictus accentué par l'accommodement étrange de ses bandelettes - fort peu adaptées à l'exercice.
Pourtant, il s'employa à laisser entrer cette lueur chaleureuse dans son monde si gris jusqu'alors. La chose ne fut ni blessante (sinon pour son orgueil et l'exigence qu'il plaçait dans la droiture de ses pensées) , ni aisée. Elle s'offrait à lui. Simplement. Il ne s'avança pas vers elle par lassitude de la fuir - c'était déjà le cas depuis de nombreuses années déjà - , mais par réelle volonté de la saisir.

Ce qu'il fit.

Il échoua d'abord beaucoup, à mesure qu'il trébuchait sur la route sinueuse. Critiquant tour à tour sa froideur, le poids trop lourd de ce qui avait échappé à son contrôle, son impuissance face à ce qu'il refusait de reconnaître comme inéluctable, et le perfectionnisme épuisant qui guidait ses actes, il n'entrevit pas le souffle salvateur qu'il espérait. Ce n'est que lorsqu'il reconnut la nature tortueuse de ses interrogations sans la condamner, mais plutôt comme une constituante essentielle de ce qu'il avait été qu'il put avancer.
Tout devint simple alors : cessant de faire les cent pas dans son esprit, Timemaster tourna son regard vers l'avant, conscient du temps écoulé. "Mais jamais en vain , lui souffla une voix souriante. La vanité, c'est retirer à nos instants leur valeur, par crainte de vouloir les regarder vraiment" .

Il n'eût plus de regrets, mais simplement des vérités. Et les remords qui subsistaient en lui, il fut heureux de les accueillir comme des amis, lui disant doucement et avec clarté qu'il troquait son invincibilité contre une conscience. Le fil frénétique de ses réflexions, ses longues élucubrations, ses discours pompeux truffés d'arguments forts (et par là-même tout aussi imperméables qu'aveugles ! ) , tout cela s'apaisa. Sans les renier, il s'attacha pour la première fois à une chose enfantine. Lui, le théoricien, celui qui se targuait en son âme de savoir, posa enfin les yeux sur l'évidence : plutôt que de réfléchir à son existence, il se contenta de la vivre. S'ensuivit un silence tonitruant, une musique sans note, de celles qui se jouent de l'instant tout en soufflant sur l'éternel.
Cette mélopée d'entre les âges le transporta loin, en avant, en arrière, sans que jamais ses pieds ne quittent sa route. Le Xélor se vit jeune, avec dans ses bras celle pour qui il aurait tiré lames et brasiers, lettres d'amour et bouquets fleuris. Innocence : pouvait-on soupçonner cette carcasse frêle et ravagée d'avoir jamais aimé ?
Carapace rocailleuse, il fallait bien dire que tous ceux qui avaient côtoyé le Xélor n'en avait perçu qu'une moue immuable à moitié cachée par de ternes bandelettes. Seul, le sourire un brin triste qu'il affichait parfois à l'accueil de la Maison des Mercenaires venait égayer cette face grisâtre.
Les Mercenaires. Les Eldrigans.
D'abord apprenti puis guide d'un Clan qui l'avait changé tout autant qu'il avait façonné cet ouvrage, il songea à ses pairs, dépositaires de la même expérience. Au contact de ces gens, tous uniques, tous profondément liés, il avait partagé. Savoir sur un mercenariat appris sur le fil d'une épée. Valeurs transmises d'une bouche qui, s'il n'avait jamais su l'exprimer, vibrait de conviction, de générosité et d'espoir pour ses interlocuteurs. Moment fugaces et beaux, à jamais immortalisés par le sourire de sa mémoire.
Il ne s'attarda pas.
Timemaster ne songea qu'à ces gens qui l'avaient accompagné. Ce qui définissait le Clan, c'étaient ses membres. Des noms lui vinrent à l'esprit, et le Xélor s'en souvint avec une honnêteté renforçant son respect. Evidran, Haile-ementaire, Takezo-Miyamoto, Colza vieilles légendes oubliées, parfois plus auréolées de gloire que de vérité. Qu'importe. Ils lui avaient offert une ouverture sur un monde dont il ignorait tout. Mentors ensuite, au nom de Nixa, Cadael -tour à tour maître et traître. Vinrent les frères d'armes, foisonnant de vie et d'idées, chacun un monde différent. Les notes de Viky-chan, Toxus, Suteki, Sygnano, Phoque, Vendera, Xelere flottèrent un instant. Et le Clan avait grandi, s'était paré de couleurs, écho de la fraîcheur nouvelle des Eldrigans : Ëlegantas, Asparagus, Ayradeselfes, Daguers, Tortureuses, Judie, Shadowpablo, Razpo. Il était parti, avait vu les générations passer et s'était étonné de voir une fleur qu'il pensait connaître éclore à nouveau, indéfiniment !
Highlender, Kioumi, Arcobaleno, Asdepique, Malicyus, Srimi-ombre, ...

Les noms se bousculaient, s'effaçaient, revenaient. Et derrière chacun d'entre eux, une vie merveilleuse. Derrière chaque Eldrigan passé, présent et à venir, un élève et un guide pour lui, un compagnon. Et bien qu'il oubliât certains noms, il ne s'en sentit pas coupable : sa seule frustration fut de n'avoir pas eu le temps de tous les connaître comme il l'aurait souhaité. Et si l'eau avait pu remonter la clepsydre, il aurait recommencé sans hésitation.
Ces pensées pour ceux qui forgeaient les Valeurs au quotidien le rapprochèrent des fondements du Clan : il eût un sourire pour sa rencontre avec l'Aïeul, ainsi que pour Eldrigan, cet être qu'il avait découvert au gré de ses lectures. Enfin, aujourdhui, il se sentait à même de comprendre -non, vivre- l'espoir et la joie que lui inspirait ce personnage. Il...

Goutte de sueur.

Timemaster s'arrêta un instant. Leva la tête, et ouvrit les yeux sur le monde qui l'entourait. A gauche, l'immensité des contreforts de Cania se dévoilait en de majestueux pics grattant le ciel. Et face au beige du roc, loin à l'Est, une brume gracile évoquait l'océan inaccessible. Bornée par ces deux entités naturelles, une plaine démesurée perdait le regard dans ses ondulations. Balayant l'étendue émeraude, un vent incessant soufflait : tantôt rafale, tantôt brise sur la joue du Xélor. Celui-ci sursauta presque face à cette fraîcheur soudaine : toute moiteur envolée, ses jambes se firent, non pas plus légères, mais revigorées. Il sut que le vent ne venait pas de se lever : il était simplement incapable de sentir sa caresse.
Un sourire vrai étira son visage tandis qu'il contemplait son chemin. Une piste de terre sinueuse fendait la plaine jusqu'à l'horizon, comme une invitation à la marche. Au loin, la silhouette solitaire d'un chêne certainement centenaire projetait son ombre sur la voie. Et au milieu de celle-ci, Timemaster crut distinguer un mouvement - un autre marcheur sans doute. Réajustant son couvre-chef, il perdit sa vue dans le ciel : comme la dernière touche de cette aquarelle éphémère, trois nuages dérivaient dans l'azur.

La vue de ce paysage émut l'horloger et, fait rarissime, il perdit toute notion du temps à mesure qu'il progressait dans ce tableau. Lumière et ombre du monde dans lequel il vivait, entre l'Aïeul et Eldrigan, auprès de ces Mercenaires qu'il respectait infiniment ou des rencontres qui avaient forgé son être, il n'était qu'un passage. L'histoire continuerait sans lui, paisiblement. Pas de point, il n'était qu'une virgule jetée au vent dans un courant qui soufflait vies et morts. Et quand bien même il ne serait plus que poussière, cette évidence le fit se sentir à jamais libre.
Il était parti d'Astrub deux lunes plus tôt. Sa destination, elle, n'avait pas d'importance. Pas plus que la motivation de ce voyage. Seul comptait ce chemin, et l'instant.
Maintenu sur la route par ses souvenirs, accompagné par le souffle du vent, Timemaster marchait pour la première fois.
Et il profitait du voyage.




Il ne vit qu'au dernier instant l'Ombre. Perdu dans son cheminement, vide de toute pensée, Timemaster avait atteint le chêne qu'il avait perçu au loin. C'était un arbre massif, imposant presque l'arrêt au voyageur de par sa stature. Mais étonnamment, malgré la force vigoureuse de son tronc noueux, ses branchages jetés au ciel comme autant de flèches impérieuses, et son feuillage formidable, l'édifice végétal paraissait bien solitaire au milieu de la plaine. Songeur à la vue du chêne stable sous les bourrasques, le Xélor ne vit que trop tard l'inconnu qui attendait dans son ombre, comme fondu dans le bois. L'apparition de Timemaster provoqua un mouvement qui semblait calculé à la perfection : l'étranger bougea soudain et piqua droit vers l'ancien Eldrigan. Ce dernier n'eût pas le temps de l'interpeler -il n'y songeait de toute manière pas - que déjà la lame d'une longue épée jaillissait d'une cape déchirée.
Tout alla alors très vite.
Au moment où il comprit qu'on l'attendait, Timemaster vit briller sous le soleil le métal plongeant vers lui. A une vitesse ahurissante. Trop rapide. Le sort qu'il s'apprêtait à lancer pour ralentir l'action ne vint jamais. Ses mains restèrent figées en un signe incantatoire incomplet lorsque l'acier mordit sa chair. Bien sûr, il était passé maître dans l'art alambiqué de la manipulation temporelle. Dans son imbroglio de secondes, il n'avait jamais songé pouvoir être pris de vitesse. Sottise ! Si sa marche avait changé à jamais sa façon de voir le monde, les habitudes du corps demeuraient. Et que valait un sortilège face à l'implacable efficacité de l'acier ?
Il s'était trompé : voulant saisir le temps, il avait oublié qu'un affrontement se jouait dans l'instant. Et il ne pouvait guère plus que sourire ironiquement en sentant son propre marteau pendre inutilement à sa ceinture. Il n'en eut cependant jamais l'occasion.

Foudroyé de l'épaule à la hanche, le disciple de Xélor s'écroula. Le dos affaissé au chêne impertubable, il glissa sur le bois dans une gerbe pourpre. Et tandis qu'il pensait reconnaître l'odeur musquée de l'individu dans sa chute, il vit celui-ci s'éloigner en silence sur le chemin. Un voile sur la conscience, il tourna au prix d'un ultime effort, sa tête vers les feuillages.
Le regard de Timemaster s'éteignit en percevant quelque chose au travers des branchages.

Qui figea ses traits en un sourire.
Il aurait tout donné.


Pour trois nuages dans l'azur



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